Les grandes lignes de la réforme du lycée ont été annoncées cette semaine par le président de la République dont l'allocution est disponible en ligne
sur le site de l'Elysée. Je note que, sauf erreur de ma part, c'est la première fois que je vois un président de la République présenter lui-même une telle réforme. Il annonce d'ailleurs son
implication personnelle dans ce dossier et son suivi. Rappelons que cette réforme succède à celle de 2000 qui avait vu la mise en place de nouveaux programmes. Même sans la volonté du président,
il aurait quand-même fallu renouveler les programmes du lycée du fait de la réforme de ceux du collège qui atteint la classe de troisième à la rentrée 2008. Le président en profite pour changer
plus profondément l'enseignement en lycée général. Il rappelle la « situation intenable » actuelle de la prédominance de la série S sur les autres filières. Il exprime parfaitement ce
que nous voyons dans nos établissements, elle joue un rôle purement sélectif et ne remplit pas son objectif principal, celui d'attirer en nombre les jeunes vers des carrières scientifiques après
le bac. Le président souhaite un lycée plus « souple » avec une plus grande diversité de voies mais sans « papillonnage » pour éviter l'empilement des options comme
actuellement. Des rumeurs faisaient état d'une suppression des filières, mais rien de tel n'a été annoncé. Il faudra de toute façon que le baccalauréat porte mention de disciplines
« dominantes »: lettres- sciences humaines, sciences, sciences économiques... A condition bien sûr que les nouvelles séries ouvrent des perspectives d'études supérieures aussi larges
que l'actuelle série S. Car c'est surtout cette perception qui attire encore les familles (plus que les élèves d'ailleurs!) à pousser leur enfants dans cette série. Sans parler des filières
sélectives non scientifiques de l'enseignement supérieur qui ont préféré recruter prioritairement les bacheliers S parce que perçus à tord comme plus capables. Préférence affichée même dans les
filières littéraires ce qui a conduit a faire chuter fortement les effectifs de la série L, aujourd'hui moribonde.
Par contre, une partie non négligeable des bacheliers S se destinant aux études scientifiques ne donnaient pas entière satisfaction, notamment à
l'université du fait de la baisse des exigences et du contenu dans les disciplines scientifiques. C'est qu'il a bien fallu diminuer les horaires de mathématiques et sciences physiques de
l'ancienne série C pour faire place à l'augmentation des heures des cours dans les disciplines non scientifiques. Un rééquilibrage s'impose! Aura-t-il lieu dès la seconde où va-t-on garder
l'actuelle seconde de « détermination » qui n'est en fait qu'une classe de troisième bis? Car la majorité des élèves entrant en seconde font très rapidement des choix d'orientation dès
les premières notes, suivi du choix des disciplines qu'ils travaillent ou pas! Nous en faisons tous les ans l'expérience en sciences physiques et en mathématiques. Dès lors, il faut ménager la
chèvre et le chou entre ceux que les sciences intéressent et les autres... Et ce n'est pas faute que d'essayer de les rendre attractives! Mais on ne peut forcer à boire un âne qui n'a pas soif.
Dès lors pourquoi faire de l'acharnement pédagogique comme d'autres feraient de l'acharnement thérapeutique? D'autant que cela finit par coûter cher en heures de cours et en matériel de travaux
pratiques pour ceux qui oublieront tout dès la fin de la seconde! Il me semble donc raisonnable de différencier dès la seconde les niveaux d'enseignement de certaines disciplines. Je n'ai rien
contre faire de l'histoire des sciences ou des expériences amusantes à des élèves de seconde qui ne se destinent pas à des études scientifiques (sans en priver les autres évidemment!) et en faire
plus à ceux qui veulent aller plus loin! Dans des groupes ou classes différentes, bien sûr!
Le ministre de l'éducation a annoncé la constitution d'une commission pour établir des propositions sur l'organisation du lycée sous la présidence du
recteur de l'académie d'Aix Marseille, Jean-Paul de Gaudemar.
La fin de l'allocution du président était consacrée à notre métier et aux évolutions qu'il souhaite y apporter. On y retrouve en bonne part certaines
conclusions de la commission Pochard, malheureusement pas les plus pertinentes! Le diagnostic sur le dévalorisation des savoirs et des professeurs est toujours celui qu'il avait fait pendant la
campane électorale et que je partage amplement. Il n'y a cependant aucun rapport avec le fait que les décrets qui fixent nos statuts et obligations de service ont plus de 50 ans et seraient ainsi
obsolètes! Notre tâche essentielle consiste à faire acquérir à des élèves des connaissances fixées par des programmes nationaux. Elle ne saurait être dépassée et sujette à des effets de mode. Des
activités et responsabilités nouvelles sont apparues depuis les années 1950 et des décrets complémentaires sont venus les reconnaître. Est-ce une raison pour tout bouleverser. On devine très bien
les objectifs sous-entendus par le président: redéfinition des corps de professeurs, des obligations de service, des activités en dehors de la classe... Comme à l'habitude, il est fort à parier
que les propositions du ministre se fasse pendant les grandes vacances. Au plus fort de l'été, il ne faudra pas se couper des média!
Dans un prochain article, je reviendrais sur la fin des propos présidentiels sur la formation des futurs professeurs.
Par Archytas de Tarente
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Après avoir suscité une bordée d'éloges dans les heures qui ont suivi l'attribution de la palme d'or au film Entre les murs de Laurent
Cantet, ce sont maintenant des critiques assez vives qui se penchent sur cette oeuvre qui décrit le quotidien d'une classe de lycée difficile de Paris. Comme beaucoup, je n'ai pas vu le film et
je ne me prononcerais pas sur son contenu, mais on pourra lire deux critiques argumentées dont je donne le lien ci-dessous.
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=40409
http://www.causeur.fr/realisme-socialiste-ou-cine-realite
Par Archytas de Tarente
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Le mouvement de protestation contre les suppressions de postes de professeurs à la rentrée 2008 va prendre fin provisoirement. Non pour des motifs de
démobilisation des acteurs, mais par la proximité des examens de fin d'année. Le gouvernement a « gagné » la première manche, mais les problèmes demeurent et devraient réapparaitre dès
la rentrée de septembre. D'autant qu'il est d'ors et déjà prévu la suppression de 16 000 postes supplémentaire pour 2009. Il nous faudra donc faire face à des classes de plus en plus chargées
dans les années qui viennent. Beaucoup plus que les 11 élèves par professeurs que le ministre actuel osait prendre en exemple pour comparer les taux d'encadrement dans les pays de l'Union
européenne et montrer que la France était dans le plus haut rang. Comme s'il suffisait de diviser le nombre d'élèves par celui des professeurs... Pour la part, je n'ai jamais connu de classe à
moins de 24 élèves au cours de ma carrière si j'excepte des filières pré-professionnelles dans quelques collèges où j'ai enseigné il y a une dizaine d'années. Actuellement, nous en sommes plutôt
autour d'une fourchette de 32 à 35 élèves par classe dans les lycées. Si 35 élèves voire plus de bon niveau ne posent pas de problème, il en est tout autrement s'ils ont des difficultés, comme
c'est la cas avec ma classe de seconde dans laquelle certains de mes élèves ont quasiment cessé tout travail depuis la fin du premier trimestre. Essentiellement à cause de lacunes accumulées
depuis le collège et un désintérêt pour la matière, quels que soient les efforts que je puisse déployer pour la rendre attractive. Mais ce sujet sort du cadre de cet article et j'aurais
l'occasion d'y revenir à propos de la réforme du lycée qui se profile pour 2009.
Pour mettre un professeur devant chaque classe malgré ces réductions drastiques dont les effets commencent à se voir, le ministère réduit l'offre
d'enseignement par la suppression de certaines options: langues rares, langues anciennes, arts plastiques... Autre « piste » évoquée par le ministre et reprise jeudi matin par un
chroniqueur « économiste » de France Inter, les décharges de service, vue par le dit chroniqueur comme des « professeurs sans classes ». Comme si depuis ces dernières années
de réductions à tout va, l'Etat laissait magnanimement quelques 23 000 enseignants faire l'école buissonnière! Hormis quelques centaines de professeurs détachés dans d'autres administrations ou
associations, ce nombre jeté en pâture à la vindicte populaire par certains média et le chroniqueur sus-cité, qui a dû présenter une rectification suite aux protestations des auditeurs,
représente des décharges horaires inscrites dans les statuts et sont parfaitement justifiées. Décharges horaires déjà attaquées par l'ancien ministre De Robien et rétablies par le nouveau suite à
la promesse de campagne d'une certain Nicolas Sarkozy. Le gouvernement va-t-il faire machine arrière et reprendre d'une main ce qu'il a rendu de l'autre?
En réponse à la manifestation de jeudi, qui a plus mobilisé les professeurs que les précédentes, ce qui montre la montée du mécontentement dans la
profession, le président de la République n'a rien trouvé de mieux que d'annoncer sa volonté d'obliger les collègues à se déclarer grévistes à l'avance pour assurer la garde des élèves. Sous
peine de sanctions en plus! Tous les professeurs de France apprécieront cette réponse tellement appropriée à leurs revendications et les maires de nos communes qui se voient chargés de l'accueil
des élèves dans les écoles primaires! Fort heureusement, collèges et lycées ne sont pas concernés par cette mesure car l'accueil se fait toujours en cas de grève des professeurs, ceux-ci n'étant
pas tous grévistes. Les élèves vont en permanence lorsqu'un professeur est absent. Notons que le droit de grève n'est pas remis en cause contrairement à ce qu'annonce certains syndicats. Ceux qui
ne sont pas sûr de faire grève auront toujours la possibilité de se déclarer à l'avance, et y renoncer au dernier moment sans se mettre en infraction! Restent ceux qui veulent se déclarer à la
dernière minute, mais dans ce cas, on ne peut sanctionner quelqu'un pour fait de grève...
Au vu des problèmes administratifs, juridiques, politiques et économiques (ces derniers étant les plus contraignants par les temps qui courent!), je
doute que cette nouvelle usine à gaz réglementaire voit le jour.
Par Archytas de Tarente
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Drapeaux arrachés des mains de manifestants pacifiques par des policiers énervés, officiels chinois donnant des ordres à ces policiers, torche
réfugiée dans un bus puis éteinte, le parcours de la flamme olympique a été très mouvementée lundi dernier à Paris! Les autorités françaises ont d'ailleurs été imprudentes de maintenir cette
manifestation au vu de ce qui s'était passé à Londres la veille. Cela aurait évité ce déploiement grotesque de protection pour un objet dont on se demande ce qu'il représente aujourd'hui.
Les manifestations de Londres et Paris posent le vrai problème du déroulement d'un événement au retentissement planétaire sensé symboliser la paix dans un pays où les droits de l'homme sont
bafoués. Pourtant, on se souvient encore des arguments avancés à l'époque de l'attribution des jeux à la Chine. Ils devaient contribuer à la promotion des droits humains et à libéraliser le
régime. A quelques mois de la cérémonie d'ouverture, on peut dire qu'il n'y a eu aucun progrès dans ce domaine et je doute fort que cela s'arrange après la tenue des jeux!
Rafraîchissons la mémoire à ceux qui ont la naïveté de croire que le sport adoucit les moeurs, ou plutôt qui en prennent prétexte pour sauver ces jeux et leur petite boutique par la même
occasion. Rappelons d'abord que la promenade de la torche olympique est une invention du régime nazi inaugurée pour les jeux de Berlin en 1936 qui voyait dans cette manifestation une formidable
promotion de son idéologie. Et chacun sait combien ces jeux ont contribué à la paix trois ans plus tard... En 1968, alors que l'agitation étudiante secouait le monde entier, les jeux de Mexico
furent précédés d'une répression policière féroce lors de laquelle 300 étudiants ont été tués. On se souvient aussi des images où deux athlètes noirs américains sur le podium, poings levés gantés
de noir, protestaient contre la ségrégation raciale aux Etats-Unis. Ils furent expulsés de ces jeux par le CIO. Bel exemple de soutien aux droits de l'homme!
Quant aux J.O. de Moscou en 1980, boycottés par une majorité de pays occidentaux dont les USA, ils n'ont contribué en aucune manière à la chute du mur de Berlin neuf ans plus tard, contrairement
à ce que prétendent les laudateurs de « l'esprit » olympique.
Les J.O. et l'organisme qui les attribue, dans des conditions fort douteuses d'ailleurs, s'accommodent parfaitement des régimes les plus répressifs et le sport ne favorise en aucune façon les
droits humains, obtenus uniquement par la lutte politique et sociale. Un chroniqueur humoriste rappelait sur France Inter ce matin les propos infatués et ridicules sur la France « black
blanc beur » à l'issue de la coupe du monde de football en 1998. On a vu ce qu'il en advint quatre ans plus tard avec Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de l'élection présidentielle.
Il est grand temps de remettre à leur juste place ces manifestations sportives qui n'apporteront jamais plus (voire souvent moins!) que ce qu'elles représentent et d'arrêter de leur prêter des
vertus qu'elles n'ont jamais eues. Il n'y a pas plus d'esprit olympique que d'esprit sportif et le sport n'est qu'une simple forme de compétition comme une autre, avec son lot de
« grandeurs » et surtout de bassesses.
Par Archytas de Tarente
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Quatrième journée de grève en lycées et collèges à l'appel des syndicats depuis le début de l'année scolaire 2007/2008. Toujours pour les même motifs que les
précédentes journées et avec aussi peu de résultats en perspective. Sauf dans quelques établissements très motivés qui s'apprêtent à reconduire la grève. Une nouveauté cependant, des élèves
rejoignent les professeurs dans le mouvement. La réduction du nombre de postes prévue pour la prochaine rentrée commence à se voir dans nos établissements et les classes déjà chargées risquent
fort de l'être encore plus. Si j'étais parent d'élève, je commencerai à m'inquiéter sérieusement sur les conditions d'enseignement à la rentrée! Dans mon lycée, nos classes de secondes comptent
déjà une moyenne de 35 élèves. Je n'ai pas pris connaissance des mouvements de personnels pour la rentrée prochaine mais le remplissage des classes au-delà de 35 ne semble pas exclu.
D'ici la fin de l'année scolaire, il faut refuser les heures supplémentaires au-delà de la seule heure exigible dans nos statuts. L'administration sera obligée
d'embaucher pour faire face aux besoins devenus criants! Il faudra bien mettre un professeur devant chaque classe. La diparition de certaines options (langues anciennes, arts plastiques...)
devraient aussi inquiéter élèves et parents et les amener à protester auprès des rectorats et de leurs députés.
L'appel des anciens ministres Jack Lang et Luc Ferry dans la presse contre les nouveaux programmes de l'école primaire montre à quel point le
« pédagogisme » ou l'art d'apprendre en s'amusant ne sera pas mis à bas sans mal! Je n'ai pas lu dans le détail ces programmes mais les critiques furieuses et outrancières qu'en font
ces deux anciens ministres suggèrent qu'ils vont dans le sens d'une remise au centre des apprentissages l'acquisition des connaissances. Certes, je suis plus dubitatif sur l'annonce de
l'augmentation du nombre d'heures de français et la diminution du volume horaire hebdomadaires de cours. Il faudra forcément réduire les heures d'autres matières pour tout faire tenir!
http://www.liberation.fr/actualite/societe/316316.FR.php
http://www.liberation.fr/actualite/societe/316219.FR.php
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/politique/20080312.OBS4731/ecole__lappel_de_lang_et_ferry_contre_la_reforme.html?idfx=RSS_notr
Par Archytas de Tarente
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