Xavier Darcos, le nouveau ministre de l'education nationale avait rendu un rapport à Nicolas Sarkozy en mars 2007 sur la « situation morale et matérielle des professeurs de France », suite au discours du candidat de l'UMP à l'attention des professeurs. Une coquille s'est glissée dans le date de remise du rapport (2006) car il est fait mention de ce discours qui a été prononcé pendant la campagne présidentielle.
Ce rapport se propose d'appliquer aux professeurs le slogan le plus emblématique de Nicolas Sarkozy pendant la campagne: « travailler davantage pour gagner plus ».
Les contraintes budgétaires étant rappellées dès la page 6, le rapporteur appelle à la prudence voire à la retenue sur les mesures de revalorisation uniforme pour les enseignants. X. Darcos signale qu'il resterait encore 20 000 postes équivalent temps plein (ETP) correspondant à des décharges et autres mises à disposition. Déjà on peut s'étonner que ces emplois n'aient pas été récupérés par le gouvernement précédent pourtant très habile dans ce domaine. S'il n'ont pas été supprimés, c'est sans doute parce qu'il répondaient à des nécessités ou à des obligations crées par la loi, comme les décharges syndicales par exemple. Les récupérer reviendrait d'autre part à réduire à néant le peu de mobilité qu'il reste encore dans la fonction publique enseignante alors que le rapporteur et nouveau ministre se propose d'en introduire davantage!
Le but clairement affiché est donc de « travailler autrement ». Ce n'est pas la première fois que ce concept est remis sur le tapis. Déjà du temps de C. Allègre, la réforme des lycées, en introduisant les travaux personnels encadrés, voulait nous faire travailler « autrement » avec les élèves. Avec Xavier Darcos, le bouchon est poussé plus loin. Il s'agit de redéfinir le temps de travail des professeurs. Dans la ligne de mire: les décrets de 1950 jugés, on s'en doute, obsolètes! Ces derniers ne correspondraient plus aujourd'hui aux conditions d'exercice du métier de professeur. D'après le rapport, il faudrait distinguer « diverses situations professionnelles » suivant qu'on enseigne en lycée des métiers, en classes préparatoires, qu'on soit professeur principal, responsable de projet pédagogique ou « formateur ». Les décrets de 1950 ne constituent aucunement un obstacle à l'exercice de ces fonctions. Il ne font que définir des obligations de service relatives aux différents corps de professeurs et ce sont des décrets ultérieurs qui fixent les fonctions apparues depuis ainsi que le montant de leur rémunération. L'objectif du nouveau ministre serait donc de créer autant de « catégories » de professeurs qu'il existerait de « fonctions » à assurer. Il y aurait donc d'un côté une «fonction» de professeur en quartier sensible, et de l'autre par exemple, une « fonction » de professeur en classe préparatoire dans un lycée de centre-ville. Voilà qui n'a pas fini de cloisonner notre profession et de stigmatiser les professeurs des établissements les plus défavorisés. Et si l'état rétablissait des conditions d'instructions égales partout plutôt que de créer des corps de professeurs spécialisés dans tel ou tel type d'établissement?
Un tableau comparatif nous donne les durées de cours hebdomadaires et le temps de présence dans l'établissement dans les pays de l'UE, mais on n'a aucune précision sur la nature des tâches assurées par les professeurs en dehors des heures de cours. Nous voilà rassurés sur le fait que nous ne sommes pas le seul pays où le service n'est défini qu'en heures de cours (Allemagne, Italie). Espérons que nous ne reverrons plus cette fausse information que les professeurs français sont les seuls à ne pas assurer leur service qu'en heures de cours!
Améliorer les débuts de carrière? Il serait temps en effet. Un jeune professeur du second degré qui prend un premier poste dans la région parisienne, et ils sont nombreux, rencontre de grande difficultés à se loger car avec 1,3 fois le smic, il est très difficile de trouver un logement quand les propriétaires demandent aux candidats de gagner au moins trois fois le montant du loyer, rarement inférieur à 500 euros...
L'accès aux corps de professeurs est jugé complexe! Il est pourtant fort simple et beaucoup plus transparent que dans le secteur privé: ce sont les concours de recrutement externes ou internes ouverts sous seule condition de diplômes. Si des exemptions ont détourné cette voie d'accès principale, c'est bien parce que ceux qui furent au pouvoir ces dernières années les ont imposées. Affirmer que le quart des professeurs titulaires seraient recrutés en dehors des concours externes est inexact. La titularisation par concours est la règle dans la fonction publique. Devant les difficultés rencontrées par les professeurs non titulaires pour se préparer et réussir les concours externes et internes, des concours dits « réservés »,, réduits à des épreuves orales, avaient été organisés à leur intention il y a quelques années. Avec un succès plutôt mitigé. Le recours à des vacataires ces dernières années ne manquera pas d'alimenter le réservoir des personnels précaires...
Où veut-en venir exactement le nouveau ministre au sujet du recrutement? La fin des concours nationnaux où le recours à l'auxiliariat précaire comme c'est le cas actuellement? Son rapport ne le dit pas et il faudra attendre ses prochaines déclarations pour en savoir un peu plus.
En revanche, on voit clairement où il voulait en venir en s'attaquant plus haut aux décrets de 1950. Les « nouvelles fonctions » envisagées plus haut nécessiteraient selon lui une annualisation des services. Aucune de ces « nouvelles fonctions », dont on vient de voir qu'elles ne sont pas si nouvelles que ça, ne nécessite une annualisation de nos services! Notre principale fonction étant de dispenser des cours devant des classes, notre service ne peut -être défini que par l'emploi du temps de celles-ci, c'est à dire hebdomadairement. Ces autres « activités » se faisant en dehors du temps scolaire et je ne vois pas comment une annualisation du service pourrait en améliorer le fonctionnement.
Il est enfin reconnu que les DRH installées dans les rectorats dès 1995 n'ont pas servi à grand chose, notamment pour les collègues en difficulté. Et pour cause: les postes de reconversion et les détachements vers les autres fonctions publiques sont plus que limités! Si les possibilités de détachement existent bien dans les textes, il est demandé au candidat de trouver lui-même son poste de détachement auprès de l'administration qui l'interesse! Et il ne faut pas compter sur une augmentation du nombre de ces postes: rappelons que N. Sarkozy a affirmé que tous les départs à la retraite dans la fonction publique ne seraient pas entièrement remplacés.
Quand au secteur privé, tout fonctionnaire désireux d'y travailler peut cesser à tout moment ses fonctions en déposant sa lettre de démission sur le bureau de son supérieur hiérarchique.
Enfin sur le plan matériel, tout collègue sourira de voir que le ministre souhaite que les établissements (mais à travers eux, ce seront les régions qui devront y pourvoir) dotent les professeurs de bureaux. A moins de se lancer dans un coûteux programme immobilier, je ne vois pas comment attribuer ne serait-ce qu'une table et une chaise à tous les professeurs de la quasi totalité des établissements scolaires où j'ai exercé! Alors un bureau personnel... En collège et lycée, il n'y a bien souvent que quelques petites salles disponibles où s'intaller pour travailler une heure ou deux au maximum, avant de céder la place à un autre collègue où à une classe. A supposer qu'on attribue une salle par discipline, cela revient à en trouver une bonne dizaine par établissement...
Des bureaux pour nous faire travailler « autrement » sans doute? Car le ministre s'attaque à la définition de notre métier. Après avoir été éducateur, surveillant, animateur, psychologue, assistant social et j'en oublie d'autres, notre métier a vu s'effacer progressivement sa mission fondamentale: la transmission des savoirs. Il le rappelle un peu plus loin: « le professeur a pour charge d'assurer une formation des élèves ou des étudiants qui s'inscrit dans une relation « verticale » d'autorité et de savoir établie sur une période déterminée, au travers d'une discipline scientifique, techinque ou littéraire ». Il me paraît indispensable de rappeller ce rôle fondamental avant toute réfome. Notons également qu'il considère que chaque élève ou étudiant doit parvenir au plus haut niveau de formation possible. Ce dernier point marquerait déjà une rupture avec le « socle commun » imposé par son prédécesseur G. de Robien qui définissait à minima les savoirs à dispenser aux élèves.
Le point le plus important du rapport paraît être la « redéfinition » de notre métier qui passerait par l'annualisation de nos services, pour, dit-il, garantir aux familles que l'horaire annuel serait assuré! Mais rien n'assure que cette annualisation garantisse le remplacement au pied levé de professeurs absents! Ce n'est pas parce que nous passerons d'un horaire hebdomadaire à annuel que le problème du remplacement en cas de maladie par exemple, se résoudra! Rappelons pour mémoire que notre profession n'est pas plus sujette à absentétsme qu'une autre. Elle l'est moins d'ailleurs d'après les statistiques de l'administration elle-même, contrairement à ce qu'avait avancé péremptoirement un ancien ministre il y a quelques années (C. Allègre pour ne pas le mommer).
Dernière piste du « travailler autrement »: rétablir le soutien scolaire. Cela ne manque pas de sel alors que nous l'avons vu disparaître des lycées lors de la réforme de la fin des années 1990, dans le but, déjà, de « travailler autrement » par l'introduction des TPE (travaux personnles encadrés). On lui retrouve donc des vertus quelques années seulement après sa suppression. A condition là aussi que les moyens suivent...
Finalement, il n'y a pas grand chose de nouveau dans ce rapport sur les propositions de réforme à l'exception notable cette insistance à vouloir annualiser nos services, avec des justifications douteuses, comme on vient de le voir et la volonté de définir une « typologie » des métiers suivant les tâches à accomplir en plus ou à côté du service d'enseignement. Ces différentes « fonctions » sont déjà prises en compte pour la plupart dans les rémunérations mais elles ne concernent au final que peu d'entre-nous...
Il faudra attendre encore quelques semaines avant d'y voir plus clair sur les intentions de X. Darcos, d'autant que, et c'est inhabituel sous la 5 ème République, le président a décidé de s'impliquer directement dans tous les dossiers traîtés par les ministres.
Je note enfin avec amusement la dernière des recommandations pratiques à mettre en oeuvre immédiatement: que les professeurs de France, « représentant la moitié de la fonction publique, reçoivent en plus grand nombre les honneurs de la République, nottamment dans les listes de nomimation dans les ordres nationaux ». Pour ma part, plutôt qu'un titre ronflant et creux ou une médaille en chocolat, l'emploi de nos compétences aux travers de programmes scolaires ambitieux et exigeants pour nos élèves me suffiraient amplement!
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