Des sources syndicales font état depuis plusieurs semaines des grandes lignes de la réforme du lycée qui se mettre en place à la rentrée de septembre
2009. Dans un document publié sur le site de l'union des professeurs de physique et de chimie, on peut trouver les « propositions abouties » qui donnent la forme générale de
l'organisation du lycée et les propositions exploratoires sur la « maquette pédagogique » de la classe de seconde. On retrouve dans les propositions abouties les orientations définies
par le ministre au début de l'année et qui ont de fortes chances d'être adoptées. Les séries disparaissent au profit de 4 dominantes: humanités et arts, sciences, sciences de la société et
technologie. Dans chaque dominante, l'élève peut choisir 45% de ses enseignements. Le groupe classe disparaît dans le cycle terminal (première et terminale). Enfin, l'enseignement s'organise
semestriellement.
Première remarque de ma part, les séries ne disparaissent pas! Certaines se regroupent ou ne font que changer de nom. C'est la cas de la dominante
« sciences » qui ne fait que succéder à la série S actuelle. On retrouve peu ou prou le découpage d'il y a une vingtaine d'années en séries A, B, C, D, E, F et G (A: lettres, langues et
arts, C, D et E: sciences et sciences de l'ingénieur, F et G: technologie). Rien de nouveau donc, sinon le choix de 45% d'enseignements à la carte. Deuxième remarque, « l'éclatement du
groupe classe » est une conséquence des enseignements à la carte. Les enseignements de base de la dominante choisie seront sans doute organisés pour une classe et il y aura des regroupement
pour les enseignements à la carte. Cela se fait déjà dans certains établissements pour les langues vivantes ou les cours ont lieu aux mêmes heures. Les élèves se répartissent ensuite dans le
groupe correspondant à leur niveau, déterminé par un test en début d'année. Cette organisation va demander beaucoup de travail à l'administration des lycées pour aligner les horaires de ces
enseignements, d'autant qu'il faudra recommencer à mi semestre. Pas de changement pour les professeurs qui auront de toute façon une « classe » devant eux.
La « maquette pédagogique » de la classe de seconde révèle des enseignements fondamentaux (lettres, math, langue vivante 1, langue vivante
2, EPS, histoire géographie) représentant 60% du temps scolaire, des « enseignements d'exploration » (sciences économiques et sociales, initiation aux sciences de l'ingénieur, sciences
médico-sociales, informatique de gestion et de communication, langue vivante 3, arts, histoire des arts, sciences) pour 25% et enfin les activités d'accompagnement qui relèvent de l'autonomie des
établissements (les 15% restants). Là encore, on retrouve des filières déjà connues et il y a des chances que des élèves ayant choisi l'un des enseignement d'exploration se retrouvent dans la
même classe!
La surprise vient de la disparition des sciences dans les enseignements fondamentaux de seconde. J'en suis très satisfait et je ne suis pas le seul
professeur de sciences à l'être, comme j'ai pu le constater dans mon établissement! Les associations qui ont lancé des pétitions pour le maintien des sciences dans les enseignements fondamentaux
ne mesurent pas à quel point il est devenu pénible de faire des sciences en classe de seconde à des élèves qu'elles n'intéressent pas! Ils disposent de trois ans au collège pour apprécier telle
ou telle discipline et ils savent très bien en fin de troisième les matières qu'ils aiment ou qu'ils n'aiment pas. Dès lors pourquoi prolonger le dégoût en seconde dite de
« détermination » qui n'a jamais été qu'une classe de troisième bis en retardant des choix d'orientation déjà fait au niveau des disciplines? La fin des sciences obligatoires en seconde
revaloriserait le rôle des professeurs de collège qui auraient de nouveau des conseils d'orientation à donner à leur élèves au lieu de n'avoir à se prononcer que sur un choix binaire entre
seconde générale et professionnelle! Et nous, professeurs de sciences en lycée, nous pourrons concentrer nos efforts pour des élèves intéressés par les sciences sans être embarrassés des
« malgré nous » de la science qui manifestaient ostensiblement leur passivité voire leur hostilité. Certaines bonnes âmes objectent de la nécessité de donner à tous les élèves une
culture scientifique. Je ne suis pas contre évidemment, mais c'est doublement pénalisant de donner le même enseignement à tous les élèves de seconde quelle que soit leur orientation ultérieure
comme c'est le cas actuellement. On limite les ambitions de ceux qui voudraient aller plus loin pour tenter (sans succès) de rendre accessible le programme à ceux qui ont déjà rejeté les
sciences. D'ailleurs il faut voir ce qu'il reste de la culture scientifique quelques années après le lycée. Nos efforts sont largement récompensés et l'argent du contribuable bien investi!
Par contre, je crains que nous devions encore accueillir les élèves « carriéristes » qui voient déjà plus loin que le lycée et projettent
d'intégrer les filières sélectives du supérieur, lesquelles hélas, exigeront la possession du bac à dominante scientifique, entretenant encore l'engouement pour l'actuelle série S. Pour casser
cette domination, il faut que les programmes des autres séries deviennent plus ambitieux et attractifs pour recruter de bons élèves pas spécialement scientifiques mais qui auraient suivi cette
filière faute de mieux! Dès lors, les formations sélectives du supérieur élargiront le vivier de leurs candidats.
J'ose espérer que les associations scientifiques qui appellent au maintien des sciences obligatoires en seconde ne feront pas changer le projet du
ministère. Elles s'inquiètent de la baisse des vocations qu'induirait cette réforme alors que d'après elles, nous aurions besoin de plus de
professeurs et de chercheurs scientifiques. Au vu des suppressions de postes dans ces deux professions ces dernières années, nous n'avons pas vraiment à nous inquiéter de susciter des
vocations!