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Lundi 15 décembre 2008

J'avais commencé la rédaction de cet article avant la décision du ministre aujourd'hui de repousser la réforme du lycée prévue pour la rentrée 2009. Cette décision n'est qu'un repli stratégique pour parer à l'extension de la grogne des lycéens qui pourrait cristalliser d'autres mécontentements. Les initiateurs du mouvement lycéen auront donc eu raison du calendrier serré du ministre contrairement aux organisations de professeurs, qu'elles soient syndicales ou professionnelles. Les jeunes ont donc beaucoup plus de pouvoir sur le gouvernement que nous professeurs. Et le gouvernement a entendu la grogne monter et y a réagit. Juste à temps! Notre République est mieux portante sur ce point que sa soeur grecque...


Le mouvement lycéen s'étendra-t-il à l'ensemble des établissements? C'est la question que le gouvernement se pose avec apparemment une certaine inquiétude. Et les manifestations violentes de jeunes qui secouent la Grèce apportent de l'eau au moulin des angoisses. Certes, les motifs de colère ne sont pas les mêmes, mais les jeunes Grecs manifestent contre les conséquences d'une politique éducative qui les a incité à se diplômer davantage pour ne trouver à la fin que des « petits boulots » mal payés. Cette politique d'augmentation des flux d'étudiants vers l'enseignement supérieur est celle suivie en France depuis les fameux « 80% d'une classe d'âge au niveau du bac » des années 1980. Politique non remise en cause par les différentes majorités parlementaires qui se sont succédées depuis. Si on ne peut que se réjouir de la possibilité offerte au plus grand nombre d'accéder à des études supérieures, il est dangereux de l'encourager pour des formations purement académiques dont les débouchés sont rares. C'est ce qui s'est passé en Grèce d'après ce que j'en ai appris de jeunes collègues doctorants grecs. Beaucoup de parents ont poussés leurs enfants à poursuivre des études longues à l'Université et la plupart d'entre eux n'ont pas trouvé à la sortie les débouchés correspondant à leur qualification. Peut-on espérer que le « plan licence » qui tend à amener plus d'étudiants à obtenir un diplôme à bac+3 n'ai pas les mêmes effets? Il faudra qu'une large majorité de ces licences aient un contenu professionnel. Les étudiants qui poursuivent au-delà devront se méfier des masters préparant aux concours de recrutement de professeurs. En cas d'échec au concours, ce qui sera le cas pour la majorité des candidats, il sera difficile de se présenter sur le marché du travail avec ce type de diplôme dont le contenu sera purement académique!

Pour revenir à nos lycées, nous en saurons plus la semais prochaine lorsque le ministre présentera les lignes définitives de la réforme de la classe de seconde. Et il sera bien temps car les éditeurs de manuels scolaires et nous mêmes ont besoin rapidement du contenu des programmes pour la rentrée de septembre 2009. Tout va donc se jouer à la rentrée de janvier. Je trouve assez cocasse que ce soient les lycéens qui manifestent alors qu'ils ne sont absolument pas concernés par la réforme! En effet, les élèves actuellement en lycée ne connaîtront pas la réforme puisqu'ils passeront dans la classe supérieure à la rentré prochaine ou quitteront le lycée le bac en poche. Certes, les plus actifs des lycéens se battent pour leurs successeurs mais notons que ces derniers, en classe de troisième cette année, sont plutôt discrets alors qu'ils essuieront les plâtres en septembre prochain... Rappelons que cette réforme des lycées est la troisième depuis 1995 et qu'à chacune, des diminutions d'heures de cours ont été effectuées au profit « d'activités nouvelles » telles que TPE et autres « heures de vie de classe ». La réforme Darcos, avec ses réductions d'horaires disciplinaires au profit d'activités de soutien s'inscrit dans cette logique, sur fond de réduction de postes de professeurs. La seule vraie nouveauté est le découpage de l'année en deux semestres avec la possibilité de changer d'enseignement optionnel au changement de semestre. Y a-t-il vraiment de quoi jeter tous les lycéens dans la rue pour ça? D'autant que dans le lycée où j'enseigne cette année et dans les autres établissements de la ville, c'est le calme plat alors que ces établissements sont prompts à s'enflammer comme me l'on dit mes collègues... C'est plutôt sur la définition de filières clairement identifiées en seconde qu'il faut travailler pour permettre aux futurs élèves de choisir les enseignements optionnels qu'ils doivent choisir suivant leurs goûts et le contenu du bac qu'ils souhaitent préparer. Maintenant que la réforme est repoussée, il serait bon de l'infléchir dans ce sens.


Le communiqué du ministre sur ce lien.

Par Archytas de Tarente - Publié dans : leblogagrege
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